Les cures détox et drainantes sont extrêmement populaires dans le monde équin. Elles sont souvent recommandées au printemps après un vermifuge soit disant lourd, après l’hiver ou, lors des périodes de récupération. Présentées comme bénéfiques pour “nettoyer l’organisme”, elles sont aujourd’hui presque devenues un automatisme pour de nombreux propriétaires qui écoutent sagement les professionnels et appliquent.
Pourtant, ces pratiques reposent rarement sur une réelle nécessité physiologique chez un cheval en bonne santé. On retrouve d’ailleurs le même problème chez les humains, malgré les nombreuses études remettant en question leur utilité. Pourquoi un tel succès ? C’est parti pour mon article !

Détox et drainage : des notions très floues
Définissons ces termes pour qu’ils soient clairs.
Le terme “détox” est largement utilisé dans le marketing du bien-être animal et humain. Il suggère l’élimination de toxines supposément accumulées dans l’organisme. Le problème est simple : ces toxines sont rarement définies, et encore plus rarement mesurées. Il s’agit donc d’un concept vague qui repose davantage sur une perception que sur une réalité scientifique clairement démontrée.
Le mot “drainage” est souvent utilisé dans le même contexte. Il est généralement présenté comme une stimulation des organes d’élimination, notamment le foie, les reins ou le système digestif. Pourtant, ce terme n’appartient pas réellement au vocabulaire médical vétérinaire. Il s’agit d’une notion issue du bien-être et de la phytothérapie dont la définition reste floue et variable selon les produits.
Dans la pratique, les cures dites détox ou drainantes poursuivent souvent le même objectif : aider un organisme supposé “chargé” ou “encrassé”. Mais les organismes ont-ils réellement besoin de cette “aide” ?

Le cheval possède déjà son propre système d’élimination
Le corps du cheval dispose naturellement de plusieurs organes spécialisés dans l’élimination des substances toxiques et des déchets métaboliques.
Le foie joue un rôle central. Il transforme les toxines, métabolise les médicaments et participe à la gestion de nombreux déchets produits par l’organisme. Son activité est permanente et essentielle à l’équilibre physiologique du cheval. Les reins assurent la filtration du sang et permettent l’élimination des déchets solubles via l’urine. Ils participent également à la régulation de l’équilibre hydrique et minéral. Le système digestif contribue lui aussi à l’élimination naturelle des déchets issus de la digestion et du métabolisme.
Chez un cheval sain, ces mécanismes fonctionnent en continu. L’organisme ne stocke pas les toxines en attendant une cure saisonnière “Super Detoxor Premium” pour les éliminer.
En résumé, pour simplifier : un cheval en condition normale n’a pas besoin d’aide.

Pourquoi ?
L’idée selon laquelle l’organisme d’un cheval pourrait “s’encrasser” progressivement est largement répandue mais elle ne repose pas sur une base physiologique solide. Le foie n’est pas un filtre mécanique qui se bouche avec le temps. Il transforme et élimine les substances en permanence.
Les cures détox ou drainantes sont souvent administrées à des moments précis de l’année : après l’hiver, après une période d’inactivité ou après une saison sportive. Ces pratiques relèvent le plus souvent d’habitudes ou de traditions, plutôt que d’un besoin médical réel.
Stimuler artificiellement un organe qui fonctionne normalement n’a pas d’effet démontré sur la santé globale du cheval. Augmenter la production d’urine ne signifie pas éliminer davantage de toxines spécifiques, tout comme stimuler la production de bile ne correspond pas à un “nettoyage” de l’organisme. Cela pourrait même avoir davantage d’effets négatifs que bénéfiques… si effet il y a…

Quand un soutien de l’organisme peut être justifié ?
Lorsque le cheval en a réellement besoin pour sa santé. Certaines situations, plus rares, peuvent nécessiter un soutien des fonctions d’élimination. C’est notamment le cas lors d’atteintes hépatiques, d’intoxications, de troubles métaboliques ou lors de certains traitements médicamenteux lourds.
Dans ces situations, il ne s’agit plus d’une démarche de bien-être général, mais d’un problème médical qui nécessite un diagnostic et un suivi vétérinaire. Les protocoles utilisés sont alors adaptés à la pathologie et au cheval concerné.
L’utilisation systématique de cures standardisées chez des chevaux en bonne santé ne répond pas à cette logique médicale.

Ce qui soutient réellement la santé d’un cheval ?
La santé globale d’un cheval repose avant tout sur des éléments fondamentaux souvent plus efficaces que n’importe quelle cure ponctuelle.
Fourrage de qualité à volonté, possibilité de se déplacer librement, vie sociale avec des congénères, accès permanent à l’eau… les bases restent les meilleures alliées de la santé équine. Il n’y a souvent rien d’autre à ajouter.
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