On est de plus en plus à se poser cette question… Enfin j’espère. Cet article va vous aider dans cette réflexion.
Avant même de parler de monte en général, on se demande au moins si notre cheval aime sauter, s’il préfère la balade au dressage, s’il prend du plaisir en concours ou s’il apprécie travailler. Mais quand on pousse la réflexion un peu plus loin… être monté tout court, en fait ?
Après tout, nous montons à cheval depuis des milliers d’années. C’est tellement ancré dans notre culture qu’on finit presque par oublier qu’il s’agit d’un choix humain. Alors, est-ce qu’un cheval aime avoir quelqu’un sur son dos ? La réponse risque d’être frustrante : nous n’en savons rien… Désolée. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien observer.

1. Non, le cheval n’est pas « fait pour être monté »
Pendant des siècles, le cheval a été utilisé pour se déplacer, travailler les terres, transporter des charges, faire la guerre, puis pour le loisir et le sport. Dans de nombreuses cultures, l’utilisation des animaux par l’être humain a même longtemps été considérée comme allant de soi. Certaines interprétations religieuses placent l’animal à la disposition de l’homme. Ailleurs, c’est simplement notre Histoire, nos croyances et nos habitudes qui ont créé cette évidence : un cheval, ça se monte.
À force, on entend encore parfois que « le cheval est fait pour ça ». Biologiquement, non. L’évolution du cheval n’a évidemment pas façonné son dos dans le but d’y installer un humain, une selle et deux étriers. Le fait qu’un animal soit capable physiquement de réaliser quelque chose ne signifie pas que son corps ait été conçu pour cette utilisation.
Mais attention à ne pas tomber dans l’excès inverse. Dire qu’un cheval n’est pas « fait pour être monté » ne signifie pas automatiquement que monter à cheval lui fait mal. Un cheval correctement préparé physiquement, portant une charge adaptée, avec une selle appropriée et un cavalier équilibré n’est pas dans la même situation qu’un cheval douloureux, mal musclé, équipé d’une selle inadaptée et monté plusieurs heures. Comme souvent lorsqu’on parle de bien-être, le contexte compte beaucoup plus que les grandes phrases définitives.
Reste une question assez fascinante… Pourquoi accepte-t-il ?

Parce qu’il faut quand même remettre les choses dans leur contexte. Un cheval pèse autour de 500 kg. Il peut courir à plus de 50 km/h. Il peut mordre, taper, se cabrer, ruer et nous envoyer au sol assez facilement s’il le souhaite vraiment. Et pourtant, chaque jour, des millions de chevaux nous laissent poser une selle sur leur dos, serrer une sangle, grimper dessus et décider de la direction. Certains viennent même tranquillement nous voir lorsque nous arrivons avec le licol.
Est-ce la preuve qu’ils adorent être montés ? Non. Mais l’inverse n’est pas prouvé non plus.
Le cheval apprend énormément par association. Il apprend quelles réponses font cesser une pression, quelles situations annoncent quelque chose d’agréable ou de désagréable et ce que nous attendons de lui. Et surtout, tous les chevaux ne répondent pas à l’inconfort de façon spectaculaire.
Nous avons tendance à imaginer qu’un cheval qui souffre ou qui ne veut vraiment pas quelque chose va forcément nous envoyer dans le mur. Certains le feront. D’autres resteront parfaitement « gentils ». C’est probablement l’une des choses les plus impressionnantes chez eux : leur tolérance à notre égard. Un cheval qui ne rue pas, ne mord pas et ne se cabre pas ne nous donne donc pas automatiquement son approbation. L’absence de conflit n’est pas une preuve de plaisir. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes…

2. Puisqu’il ne peut pas nous répondre, qu’est-ce qu’on peut regarder ?
On ne peut pas demander à son cheval de remplir un questionnaire de satisfaction après sa séance. En revanche, on peut observer son comportement. Et pas uniquement lorsqu’on est déjà dessus. La séance commence bien avant le montoir.
Quand vous allez le chercher :
Que se passe-t-il lorsque vous arrivez au pré avec son licol ? Votre cheval vient-il vers vous ? Continue-t-il tranquillement son activité ? S’éloigne-t-il systématiquement ? Est-ce différent lorsque vous venez simplement lui donner à manger ou passer du temps avec lui ?
Attention, un cheval qui s’éloigne n’est pas automatiquement en train de vous annoncer qu’il déteste être monté. Peut-être qu’il n’a simplement aucune envie de quitter ses congénères à cet instant. Ce qui devient intéressant, ce sont les répétitions et les changements. Un cheval qui venait auparavant facilement et qui commence soudainement à fuir mérite qu’on cherche pourquoi.

Au pansage et au sellage :
C’est une étape que l’on banalise énormément. Oreilles couchées à l’arrivée de la selle, tentative de morsure au sanglage, dos qui se creuse, déplacement constant, agitation, tension… Pendant longtemps, beaucoup de ces comportements ont simplement été classés dans la catégorie « il fait son cinéma ».
Parfois, effectivement, un comportement peut être appris. Mais avant de décider que votre cheval est simplement pénible, il est probablement plus intéressant de se demander ce qu’il essaie d’éviter. Douleur dorsale ? Selle inadaptée ? Sangle inconfortable ? Ulcères ? Mauvaise expérience passée ? Le comportement n’est pas un diagnostic, c’est une information.
Au montoir :
Votre cheval est-il arrivé au ralenti dans la carrière ? Reste-t-il immobile et détendu ? Essaie-t-il de partir avant même que vous soyez assis ? Se décale-t-il systématiquement ? Plaque-t-il les oreilles ? Fouaille-t-il de la queue ?
Encore une fois, aucun de ces signes pris seul ne signifie « je déteste être monté ». Mais ils méritent d’être remarqués.

Pendant la séance :
C’est évidemment là que l’observation devient la plus complexe puisque énormément de facteurs peuvent modifier le comportement : douleur, incompréhension, peur, excitation, fatigue, niveau du cavalier, environnement…
Certains comportements observés chez les chevaux montés sont aujourd’hui étudiés comme des indicateurs potentiels d’inconfort ou de douleur. Par exemple :
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des changements répétés de position de la tête ;
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les oreilles plaquées de façon répétée ;
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la bouche ouverte ou des mouvements anormaux de la bouche ;
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des mouvements importants de la queue ;
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des difficultés dans les transitions ;
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des changements inhabituels d’allure ;
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des réticences à avancer ;
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des réactions répétées que l’on qualifie parfois rapidement de « défenses ».
Mais là encore, il n’existe pas un comportement magique qui permette de lire dans la tête d’un cheval. Un coup de queue ne veut pas dire « j’ai mal », une oreille en arrière ne veut pas dire « je déteste le dressage » et un cheval qui avance les oreilles en avant n’est pas nécessairement en train de vivre le meilleur moment de sa vie.
Ce que la recherche commence notamment à proposer, ce sont des grilles regroupant plusieurs comportements afin d’aider à repérer des chevaux susceptibles d’être douloureux. Et c’est beaucoup plus intéressant que d’interpréter un signe isolé…

Et surtout : regardez ce qui change…
Votre cheval se comporte-t-il différemment en extérieur et en carrière ? Avec ou sans selle ? Avec différents cavaliers ? Après plusieurs jours de repos ? Sur certains exercices ? À certains moments de la séance ?
C’est probablement là que vous obtiendrez les informations les plus utiles. Si un comportement apparaît brutalement, s’intensifie ou ne se produit que dans certaines circonstances, il y a quelque chose à comprendre.
Et avant de conclure que votre cheval « n’aime pas travailler », pensez d’abord à éliminer les causes physiques : dos, selle, dents, pieds, locomotion, pathologies digestives, condition physique… Un cheval douloureux n’est pas un cheval fainéant…

3. Alors… mon cheval aime-t-il être monté ?
Vous êtes arrivé jusqu’ici en espérant peut-être une réponse. Désolée, je n’en ai pas. Et personne n’en a réellement.
Nous avons une tendance assez extraordinaire à raconter la vie intérieure de nos chevaux : « il adore sauter », « elle aime travailler », « il est fier quand il gagne », « elle veut me faire plaisir », « il adore les concours ».
Peut-être. Mais nous n’en savons rien.

À l’inverse, affirmer avec certitude que tous les chevaux détestent être montés revient exactement au même problème. Nous parlons à leur place.
Les chevaux sont capables d’apprendre, de mémoriser, d’anticiper des événements et de construire des associations complexes. Mais ils ne sont pas des humains avec quatre jambes. Nous ne savons pas s’ils conceptualisent une séance d’équitation comme nous.
Votre cheval ne se lève probablement pas le matin en réfléchissant à son programme de dressage de la semaine, à son objectif sportif de la saison ou à la satisfaction qu’il ressentira après avoir enfin réussi son changement de pied. Son expérience est beaucoup plus directement liée à ce qu’il vit, à ce qu’il ressent, à ce qu’il a appris et à ce qu’il anticipe dans une situation donnée.
Et c’est peut-être là que nous faisons fausse route avec cette question.
Plutôt que de demander « est-ce que mon cheval aime être monté ? », nous pouvons nous demander s’il est confortable quand nous le montons, s’il est détendu, si ce qu’on lui demande semble physiquement et mentalement acceptable pour lui, si son comportement change d’une façon qui devrait nous alerter et surtout si nous remarquons lorsqu’il essaie de nous dire que quelque chose ne va pas.
Ce sont des questions auxquelles nous pouvons au moins essayer de répondre.
Nous ne saurons probablement jamais exactement ce que pense un cheval lorsque nous mettons le pied à l’étrier. Et ce n’est pas grave. Respecter un animal ne nécessite pas de prétendre lire dans ses pensées. Parfois, cela commence simplement par accepter que nous ne savons pas, et par regarder un peu mieux ce qu’il nous montre.
Et en attendant, comme je ne sais pas… je ne monte plus ma jument. Elle a l’air de se porter très bien.

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